Une crise de la relation plutôt qu'une crise de l'adolescence !

 

                       Merci à Caroline Jambon du site "apprendreaeduquer"

Notre manière de considérer les adolescents influence la manière dont on les traite. Dans son livre Mon ado, mon bataille, Emmanuelle Piquet rappelle que l’adolescence n’est ni un trouble du développement ni une folie passagère. Cette manière négative d’envisager l’adolescence peut générer des problèmes de communication (mépris, incompréhension, déni, critiques…) avec des conséquences relationnelles nocives. Aborder l’adolescence comme un passage anxiogène engendre des réactions crispées et crispantes, à la fois chez les adultes et chez les ados.

Emmanuelle Piquet liste quelques croyances négatives courantes au sujet des adolescents et les complications que cela engendre sur les relations.

Croyance négative n°1 : définir l’adolescence par la négative

On ne serait ni enfant, ni adulte quand on est adolescent. Dire que l’adolescence est une période purement transitoire revient à la définir par la négative, par ce qui manque aux adolescents. Il devient difficile de communiquer avec quelqu’un qui ne se définirait que par ses lacunes. Il devient tentant de le mépriser et de lui dénier toute autonomie. Or dénier aux adolescents leur potentiel, leurs talents, leur essence  de le rendre agressif.

Si les adultes sont convaincus que l’adolescence n’est qu’un passage (une transition), ils ne vont pas prendre vraiment les adolescents au sérieux. Les adultes ne vont pas reconnaître ce que les adolescents ont à offrir à notre monde avec leur motivation et leur ingéniosité et vont plutôt les écouter mi-amusés, mi-excédés sans leur accorder plus d’importance que cela.

Pour aller plus loin : L’adolescence : prise de risque, créativité et sens du groupe, au service de l’évolution de l’humanité

Croyance négative n°2 : Étiqueter l’adolescent comme un “individu en crise”

Si les adultes considèrent les adolescents comme “en crise“, les premiers auront du mal à appréhender la période de l’adolescence avec naturel, respect et sérénité.

Penser que les adolescents ont un problème (dans leur tête, avec leurs hormones) risque de dégrader la compassion que les adultes pourraient éprouver pour la souffrance des adolescents. De plus, estimer que les adolescents sont par essence des problèmes, c’est légitimer les pratiques éducatives répressives, autoritaires et sévères pour les faire revenir dans le droit chemin.

Les dernières recherches en neurosciences ont montré que les changements qui s’opèrent dans le cerveau adolescent sont primordiaux pour assurer l’émergence de nouvelles aptitudes, elles-mêmes vitales pour l’individu et l’espèce humaine dans son ensemble.

A partir du moment où nous continuons à considérer l’adolescence comme un « mauvais moment à passer », nous ne prendrons pas les mesures nécessaires pour optimiser ce qu’elle est vraiment. A l’inverse, si nous envisageons la sensibilité exacerbée, l’engagement social, la recherche de nouveauté et la créativité exploratrice comme des caractéristiques fondamentales, positives et nécessaires, de l’identité de l’adolescent – de ce qu’il est et peut devenir à l’âge adulte s’il cultive ces qualités –, alors cette période revêt une importance capitale.

Lire aussi : Neurosciences : 6 mythes à déconstruire sur les comportements des ados

Croyance négative n°3 : N’envisager les problèmes que sous l’angle du transitoire

Les troubles que peuvent rencontrer certains adolescents ne sont pas toujours transitoires. Certains troubles psychiatriques peuvent être considérés par les adultes comme un des symptômes de cette phase étrange qu’est l’adolescence (à la légère et, parfois, avec une certaine condescendance). Cette approche peut même aggraver la souffrance de l’adolescent.

Emmanuelle Piquet regrette qu’un adolescent qui voit sa souffrance niée ou considérée à travers les lunettes ironiques de “ça finira bien par lui passer/ il nous fait sa crise” a peu de chances de chercher chez les adultes une solution pour s’apaiser.

Les adultes ont un impact sur la manière dont se comportent les adolescents.

Une crise de la relation plutôt qu’un crise d’adolescence

Emmanuelle Piquet fait référence à l’approche de l’école de Palo Alto qui s’intéresse aux relations avant de s’intéresser aux individus.

L’émetteur a évidemment un impact sur le récepteur, avant même de communiquer, notamment s’il en a une perception précise a priori, ce qui est le cas de l’adulte. Il en va de même pour l’adolescent qui se fait une représentation très précise de ce que sont les adultes et de ce qu’ils pensent de lui. – Emmanuelle Piquet

Parler de manière agressive aux adolescents a de grandes chances de générer une contre-attaque ou du retrait (mutisme, isolement délibéré dans la chambre…). Emmanuelle Piquet estime qu’on ne devrait plus parler de “crise d’adolescence” mais de “crise de la relation”, cette crise étant alimentée par le rôle figé et négatif que la société attribue aux adolescents. Nous pouvons alors faire un pas de côté pour agir sur la relation plutôt qu’agir sur l’ado (apaiser et soigner la relation plutôt que vouloir assagir ou raisonner l’adolescent).

Penser autrement avant de pouvoir faire autrement

Emmanuelle Piquet nous invite alors à reconsidérer l’adolescence. Elle propose une définition de adolescence basée sur l’idée de “temps juste” avant et pendant lequel le petit humain se prépare à entrer dans le monde adulte (quel que soit le temps dont il a besoin pour y entrer pleinement). Le point clé de cette définition est l’idée de préparation avec comme pierre angulaire la prise de contact avec l’autonomie. Ce gain d’autonomie ne peut pas se faire sans émotions intenses, contradictoires même, et sans tâtonnements par essais/ erreurs/ corrections.

Emmanuelle Piquet estime qu’il ne peut y avoir de mode d’emploi péremptoire et définitif mais qu’une question clé peut guider nos pensées et actions : comment renforcer nos adolescents pour qu’ils quittent le nid tout en préservant la meilleure relation possible entre eux et nous ?

Faire autorité, c’est être le parent à qui l’on s’adresse en cas de souffrance ou de choix difficile. Parce que l’on sait que son point de vue aura du sens pour nous sans qu’il cherche à nous l’imposer. – Emmanuelle Piquet

Prendre les ados au sérieux 

Une des phrases que les adolescents détestent le plus est “je te l’avais bien dit” et nous pouvons garder en tête qu’il est toujours plus facile de demander à quelqu’un son avis quand on sait que ce dernier ne nous l’imposera pas. Les principes éducatifs n’ont de sens quand dans un contexte même s’il est difficile d’introduire de la souplesse dans les principes éducatifs quand on est mort de peur pour le futur de l’adolescent qui semble faire de “mauvais” choix. Pourtant, il s’agit de choisir entre un principe éducatif rigide et la qualité de la relation.

Les parents d’adolescents, souvent extrêmement inquiets, tristes ou en colère, s’accrochent à leurs principes éducatifs comme à des bouées, certains que faire autrement aboutira inexorablement au naufrage à la fois de leurs enfants et de leur mission de parent. – Emmanuelle Piquet

Se méfier des principes éducatifs rigides

Il ne s’agit pas pour autant d’accepter la violence ou de prendre en charge les adolescents pour leur éviter toute souffrance. Une difficulté dans le fait de nouer des relations authentiques avec les adolescents repose sur le fait de résister aux leçons de morale ou au contrôle à cause de notre conviction de mieux savoir que les adolescents ce qui est bon pour eux. Quand un adolescents se met en danger (drogue, consommation d’écran au détriment des études, décrochage scolaire, pratiques sexuelles non protégées…), nous sommes envahis de peur, de tristesse et de colère et nous avons tendance à utiliser les stratégies que nous connaissons bien : punitions, contrôle, leçons de morale… Ce n’est pas parce que le contrôle nous est familier qu’il est efficace (et nous le constatons bien dans les faits car la discipline répressive conduit à des ruptures de communication et à des conflits qui s’enkystent).

Peut-être pourrait-on, en tant que parent, adopter comme réflexe salutaire de se méfier dès que l’on s’accroche à la rigidité d’un principe (sans bien sûr en faire un principe rigide !). – Emmanuelle Piquet

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